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       En écoutant les enfants lire l'allocution un peu convenue et très globale de l'UFAC, je ne pouvais m'empêcher de penser que ces chiffres et ces grands mots, que les écoliers ont déjà vus où vont découvrir dans leurs manuels scolaires, reflètent très mal pour eux, ce que la génération de leurs grands parents ou arrière grands parents a réellement vécu durant ces années noires.

     Cette seconde guerre mondiale, en faisant plus de victimes civiles que militaires, a profondément marqué toute la population et particulièrement les enfants qui l'ont vécue.

 P1010815r    Mes petites filles (photo), en découvrant les ruines d'Oradour pendant ces dernières vacances, se sont rendues compte que cette guerre mondiale n'avait rien eu à voir avec ces guerres lointaines que l'on suit distraitement à la télé, qui se déroulent généralement dans le désert et où les combattants sont des soldats de métier.

     C'est difficile, avec des mots, d'exprimer le ressenti de ces quatre années. Essayons quand même.

     

         Cette guerre mondiale a commencé par déplacer des populations. Je me souviens encore, malgré mon jeune âge, de cette fuite éperdue sur le porte-bagage du vélo maternel sans ce père que je n'avais pas eu le temps de connaître et qui nous manquait beaucoup en de telles circontances.

   Après celà, ce furent les bombardements: l'alerte, avec cette sirène qui vous glaçait le sang, l'attente angoissée sous les pupitres de la classe puis dans les abris. Je ne supporte toujours pas, 70 ans plus tard, le ronronnement d'un  gros avion à hélice.(celui de la protection civile, qui rôde souvent sur la région, en est lE parfait exemple)

   Il y avait aussi cette présence permanente de l'occupant, les patrouilles du couvre-feu avec leurs pas cadencés et cloutés nous impressionnaient beaucoup. Quand ils intervenaient directement dans votre famille, c'était terrible. Christiane se rappellera toujours la police allemande tambourinant à la porte pendant que son père, résistant recherché, se sauvait par le fond du jardin, la mère s'efforçant de faire bonne figure. Elle a toujours eu du mal, même dans les fictions, à supporter la vue d'un uniforme vert de gris.

 A Lugos aussi cette guerre a laissé des séquelles.

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    Le monument aux morts comporte deux morts pour la France dans ce conflit:Amédée Baleste et Maxime Harribey

    Amédée Baleste  était le père d'Arlette Magnet. Il a été fait prisonnier à Dunkerque en juin 1940. Cette bataille de Dunkerque a été en fait une victoire pour les alliés. Les Anglais, grâce au courage des défenseurs français ont pu regagner leur pays et poursuivre la guerre.

  

                                            

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        Les vainqueurs de la bataille de France ne faisaient pas de détail :1 500 000 prisonniers furent ainsi emmenés en Allemagne pour servir de main-d'euvre et remplacer les soldats partis dans leurs conquêtes insensées.

  Les moyens de transport étant totalement désorganisés, c'est à pied que ces hommes, déjà exténués par les combats, partirent pour l'Allemagne.

  

                                                                      

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     Amédée (photo) à bout de forces, perdit la vie près de Trêves (Allemagne) le 4 juin 1940.

    Maxime Harribey, qui habitait à la Gare, trouva la mort dans son stalag en janvier 1942. (39 000 prisonniers trouvèrent la mort en Allemagne) 

  

 

 

camp_Lugos     Les soldats de nos "colonies", prisonniers aussi, qui auraient plus de difficulté pour s'évader et se noyer dans la population, dont la "force de travail" intéressait moins les allemands furent parqués dans différents camps en France. Il y en a eu un à Lugos sur la route de la Gare en quittant le village(photo)

 

 

 

 

tombe_Kadi       Certains essayèrent quand même de fausser compagnie à leurs gardiens .

        Et ce 4 septembre 1941, ce fut vraiment la bataille à Lugos.

        Jacques foucaud m'a raconté une scène atroce dans le quartier de la Gare après une de ces tentatives d'évasion.

         Mohamed Kadi y trouva la mort et, dans  en cette période ou le racisme ordinaire se porte bien,  il est à ma connaissance le seul mort pour la France sur le sol de la commune.

        Il y a eu aussi la Shoah. 83 000 juifs vivant en France sur 330 000 furent déportés et moururent dans les conditions effrayantes en Allemagne. Parmi eux, une famille de six personnes( les Reinish) qui était réfugiée à la Gare, pensant être en sécurité au milieu de la lande. L' histoire veut qu'ils avaient été informés d'une arrestation prochaine et que, refusant d'envisager le pire ils n'aient pas voulu fuir.... En tout cas, bravo aux lugosiens qui ont oeuvré pour que leurs noms soient apposés sur le monument aux morts de la commune.

 

    Il n'y a pas que moi qui a été impressionné par les défilés. Voici un extrait ''Une enfance heureuse ...et landaise" d'Alva-Carcé.

       Les allemands  viennent d'arriver à Lugos et il a fait ami-ami avec un cordonnier teuton...

   " Autant cet aspect de l'occupation allemande de Lugos m'apparaissait rassurant, autant le défilé sur la voie centrale du bourg m'impressionnait. Ces soldats tapaient de leurs bottes cloutées l'alsphate de cette voie qui n'avait jamais connu pareil impact; ils accompagnaient leurs pas cadencés d'un chant militaire aux intonations martiales. Cette section de la Wehrmacht qui avait élu domicile à Lugos ne semblait  cependant effrayer personne; au demeurant la présence de ces soldats et de leur attirail, leurs défilés au pas de l'oie et leurs refrains au son guttural et au ton triomphant, avaient queque chose d'irréel dans ce paisible village de Lugos si éloigné des évènements du monde."

         Heureusement, il n'y a pas eu que des drames, je vous raconterai un jour la prise de la Gare de Lugos par la résistance locale.

      Joêl, il faudra penser à poser une plaque commémorant ce fait d'armes sur la future Gare.